jeudi 10 mai 2018

L'amour non partagé

Je n'ai jamais réussi à comprendre ceux qui luttent, qui se battent avec l’énergie du désespoir et qui, parfois, insistent, jusqu'au harcèlement, quand ils sentent que l'amour qu'il éprouve pour une personne n'est pas partagé par celle-ci. Quand il n'y a pas réciprocité, alors pourquoi s'acharner ? Quand une fille vous dit non, ou qu'elle vous le fait sentir par différents subterfuges (elle refuse votre invitation à aller manger des pâtes parce qu'elle n'aime pas les pâtes, elle ne veut pas venir chez vous parce qu’il pleut, etc.), il faut décrocher sans délai et conclure que cette personne ne vous mérite pas. Pour préserver son estime de soi, c'est toujours ce qu'il faut se dire, même si cela peut sembler injuste pour la personne même qui vous a largué et à laquelle vous aviez juré un amour éternel pas plus tard que la veille au soir : elle ne vous mérite pas ! On ne dit pas ça par méchanceté… car il n’entre pas dans nos intentions de dénigrer celle qu’on a aimé et que, en l’occurrence, on aime toujours. Non, on le fait simplement pour se protéger, pour éviter de faire éclater son coeur en mille morceaux.

Je me souviens qu'un jour une fille que j'aimais beaucoup a rompu avec moi. Elle ne sentait pas prête à s'engager, m'avait-elle dit. Cette rupture, plus qu'aucune autre avant elle, m'a causé une souffrance vive que j'ai véhiculée en moi pendant plusieurs mois et ce, au point de nuire gravement à mes études de maîtrise et à certains de mes projets. Bref, j’étais malheureux parce que, pour une fois, j'avais le sentiment qu'il s'agissait de la “bonne fille”, celle avec qui je voulais faire des enfants et vieillir sereinement dans les années à venir. Mais elle a rompu, préférant sortir avec un autre que moi avec lequel, m'avait-elle affirmé, ce n'était pas sérieux... Pas sérieux, donc… mais cela ne l'a pas empêché d'emménager avec le gars quelques mois plus tard et de faire quatre enfants avec lui par la suite… (Plusieurs années plus tard, ça s’est mal terminé pour elle… mais je n’en tire aucune satisfaction ni une aucune espèce de consolation.)

Un jour, alors que je me sentais au pic de ma peine, mon colocataire organisa une petite fête à l’appartement de la rue du Havre que nous partagions. Triste à mourir, je m'étais enfermé dans ma chambre pour échapper aux célébrations bien arrosées quand Oséa est entrée, sans même frapper à ma porte au préalable. Oséa était une petite femme avec laquelle j’étais sortie pendant quelque temps. Elle aussi a fini par rompre avec moi pour des raisons "politiques" (des événements liés aux débats d'idées autour de l'association étudiante de l'Université), mais je m'en étais vite remis... car Oséa, si petite qu’elle fût, avait un sale caractère et pouvait se transformer en une véritable furie à l'occasion. Bref, j'étais presque soulagé qu'elle ait rompu avec moi…

Ce soir-là, donc, elle est entrée dans la chambre obscure dans laquelle je m'étais réfugié. Après s’être assise au pied du lit, elle me tint ce discours : “Gaby, tu ne t'en sortiras pas comme ça. Tu dois relever la tête, te dire que c'est cette femme est la dernière des connasses doublée d'une âme de pute...

- Mais je l'aime...

- Tu l'aimes !?! Tu vaux mille fois mieux qu'elle ! T'as vu avec quel gars elle s'est ramassé !

- Laurent Letang ?

- L'orang-outang, tu veux dire... Je sais que tu as des sentiments, mais tu dois te protéger, et une façon de le faire consiste à démolir cette pouffiasse. Tu vaux mieux qu'elle. Tu vaudras toujours mieux qu'elle. Regarde avec qui elle couche, cette putasse ! Un gars vulgaire, sans culture, qui s'intéresse plus au hockey qu'à l'avenir du Québec, qui passe ses journées à boire des bières avec des gars aussi débiles que lui. Bref, c’est un demeuré de la pire espèce. Toi, t'es pas comme ça et, dans trente ans, il y aura déjà dix ans qu'il l'aura larguée, cette pauvre fille. Défraîchie, le cerveau ramolli, prisonnière de ses trois ou quatre bâtards, tu verras que personne ne voudra plus d'elle, même l'ami le plus débile de l'orang-outang.

Oséa tenait un discours implacable, certes, mais je n'ai eu qu'à l'appliquer à 15% pour me retrouver sur la voie de la guérison. Je valais mieux qu'elle et elle ne méritait pas ma peine. Elle ne me méritait pas, un point c'est tout ! Trois semaines plus tard, je partis pour la France où je devais vagabonder quelques mois avant de revenir au pays, là où j'ai repris ma vie en main. À mon retour, je ne pensais plus à elle ou, alors, simplement comme une simple amie. J’étais guéri d’elle, et c’est tout ce qui comptait. Bon, j’ai remis les pieds dans les plats un peu plus tard… mais, ça, c’est une autre histoire.

jeudi 26 avril 2018

Sinclair Dumontais : Appel à témoins

Bertrand Vimont est le personnage central de ce récit qui n’en est pas vraiment un. Un jour, pour des raisons jamais vraiment explicitées – mais sur lesquelles il s’épanche pourtant dans un grand nombre de lettres envoyées à ses proches – il décide de rompre avec ses habitudes pour partir on ne sait où. Un départ sans retour. Un aller simple pour nulle part, en quelque sorte. C’est ce qu’on appelle changer de vie...

N'avez-vous jamais eu envie de changer de vie ? L'envie de partir, de tout sacrer là, de vendre tous vos biens, de quitter votre travail, de laisser femme et enfants, d'abandonner vos amis, votre milieu... pour vivre un rêve, ou pour tout simplement faire quelque chose d'autre, quelque chose qui vous permet de rompre avec la routine, cette routine que vous accomplissez depuis des années. Je suis convaincu que chacun de nous a eu une telle envie un fois ou deux dans sa vie. Moi-même, à l'âge de trente ans, alors que je m'installais peu à peu dans le quotidien (un appartement enfin à moi, un début de carrière, de bons amis), j'ai rompu radicalement avec tout mon monde pour partir vivre dans une île des mers du sud... Et cela m'a changé à jamais. Plus tôt même, à l'âge de vingt-six ans, j'en avais déjà fait l’expérience en vendant tout ce que je possédais (pas grand chose, somme toute...) pour m'installer en France, la terre de mes ancêtres. Bref, chacun de nous ressent parfois cet impérieux besoin de vivre pleinement sa vie, de participer à une aventure, de faire quelque chose d'inhabituel, de devenir autre chose qu'un « synonyme », terme un peu radical que Sinclair Dumontais emploie pour qualifier ses semblables, c'est-à-dire ceux qui se lèvent chaque matin pour aller gagner leur vie sans toujours savoir pourquoi...

Changer de vie, voici à quoi le personnage principal de ce roman passionnant s'évertue de faire, sans qu'on sache exactement à quoi consiste ce changement. Parce que l'auteur a décidé de nous faire comprendre la démarche de son héros en publiant des lettres que celui-ci a envoyées à ses proches avant son départ. C'est entre autres là que se situe la profonde originalité de cet ouvrage, de ce beau récit en douze textes, tous des pièces de correspondance, que vous lirez d'une seule traite, sans doute, tellement Appels à témoins nous parle, touche une part sensible en nous et nous ramène immanquablement au pourquoi vivre.

Quelles sont les motivations profondes de Bertrand Vimont ? Où est-il donc parti ? On ne le sait pas trop… et cela peut être la cause d’une frustration chez le lecteur dont la curiosité, l’envie d’en savoir plus sur le destin de Bertrand Vimont, s’avère tout à fait légitime. Toutefois, je vous le garantis, le plaisir de la lecture est là, ravivée comme jamais. Et puis, que celui qui n’a jamais voulu changer de vie jette la première pierre !

Sinclair Dumontaia, Appel à témoins, ÉLP éditeur, 2018, disponible en version numérique sur toutes les plateformes, notamment sur 7Switch, et en version papier sur Amazon Canada ou Amazon France

jeudi 12 avril 2018

Le climat et la mort

Un septembre exceptionnel avec des chaleurs estivales dignes du cœur de juillet. Cette chaleur persistante rend les gens perplexes. Comment se vêtir ? Doit-on rouvrir les piscines ? Prévoir une sortie à la plage ? On ne sait plus trop... car nul ne doute que le froid va nous tomber dessus d'un seul coup ! Bref, il fait magnifiquement beau mais, malgré l'évidence, on n'y croit pas... de sorte qu'on n'ose plus porter des sandales, de crainte que la neige envahisse les rues de la ville en sortant du bureau...

Peut-être en est-il de même pour la mort. Elle est là, tout près de nous, elle nous guette tapie dans l'ombre, mais nous n'y croyons pas... comme si nous refusions d'accepter son éventualité, son inéluctabilité. Et nous continuons à vivre, à vaquer à nos occupations, osant mettre en doute notre propre finitude, tellement convaincu de l'existence d'une âme... Personne ne va mourir puisqu'une autre vie débutera après notre mort terrestre, n'est-ce pas ? Est-ce que vous vous rendez compte des sornettes qu'on arrive à croire juste pour échapper à l'inéluctable ?

Pourtant, nous le savons bien que nous mourrons un jour ou l'autre mais, jusqu'à la dernière heure, nous refusons d'y croire, à l'instar de ceux qui refusent de considérer les changements climatiques tout en se baignant au mois de septembre... Refuser l'évidence, refuser de s'arrêter sur ce qu'il adviendra de nous, de notre monde, ce n'est pourtant pas une bonne attitude. Chose certaine, cela ne constitue pas la voie vers cette sagesse qui commande d'accepter et, par le fait même, d'aimer ce qui est, ce qui se pose là, devant nous, qui se trouve à notre portée. Aimer le monde tel qu'il est, et non comme on voudrait qu'il soit. Je sais, parfois, le monde... il faut aussi s'évertuer à le changer, à le transformer ! On ne peut tout de même laisser le monde courir à sa perte sans rien faire pour stopper le réchauffement climatique... Alors, adoptons la sagesse d'Épictète : ne changeons que ce qui dépend de nous, et agissons pour atténuer le dérèglement du climat.

On ne sait pas grand chose sur le monde, ses origines, son devenir. Par contre, notre condition de mortels s'avère une certitude. Un fait avéré, comme disent les sociologues. Quant au climat... Il s'avère somme toute étrange de boire un verre de bière en terrasse à la fin de septembre, du moins pour un pays nordique comme le Canada. Mais il semble bien que cette pratique sera de plus en plus courante.

Le monde court à sa perte... à moins qu'on prenne les moyens nécessaires pour contrer le réchauffement climatique. Mais le peu de sagesse des hommes et des femmes me fait craindre le pire… Fasse le ciel que les craintes d’un homme vieillissant n’aient aucune influence sur la combativité des plus jeunes.

jeudi 5 avril 2018

LP09 : Hector et Albertine : mes oncles disparus

Veuillez prendre note que, après réflexion, mes activités de généalogiste et d'historien de famille font maintenant l'objet d'un blogue à part : Les Benoit et les Ducharme. Si vous êtes intéressé par mes écrits de cette nature, veuillez suivre ce lien.

jeudi 29 mars 2018

Des vêtements appropriés

Nous sommes à la veille de mars, un mois particulièrement difficile pour le moral des Montréalais qui n'en peuvent plus de l'hiver. Normalement, les grands froids sont derrière nous, mais la neige peut surgir à tout moment, le thermomètre oscillant entre les valeurs négatives et positives. Cette instabilité climatique fait en sorte qu'on ne sait plus vraiment comment s'habiller...

Commençons par les pieds. À mon avis, les bottes fourrées ne sont plus de mise. Ces chaussures sont conçues pour des froid allant jusqu'à moins vingt-cinq, parfois davantage. Or, aujourd'hui, il fait zéro le matin et ça montera jusqu'à huit degrés dans la journée. Dans le bus où je suis installé pour écrire ces lignes, je constate que tous les usagers portent de lourdes bottes d'hiver, comme s'ils ne croyaient pas aux huit degrés annoncés par les météorologues. Celui qui est assis tout près de moi, un jeune homme noir qui accuse déjà un fort embonpoint, porte des bottes d'une marque reconnue pour supporter des froids extrêmes... Je n'ose imaginer l'odeur quand il se déchaussera en arrivant au boulot ou à l'école, s'il se déchausse, bien entendu.

Tous ces gens portent des bottes parce que la culture ambiante, sous l'influence de la publicité, a supprimé les vêtements intermédiaires, les vêtements que nous portions tous avant, du temps de notre enfance. Pourquoi ? Parce que ces vêtements ne coûtent pas chers à l'achat, ce qui réduit les marges de profits des fabricants. Quels vêtements ? Les caoutchouc, pardi !

Une paire de couvre-chaussures en caoutchouc coûtent environ vingt-cinq dollars et durent souvent plusieurs années. On en trouve encore sur la marché, bien entendu, mais nous les boudons ouvertement, comme s'il s'agissait d'objets réservés aux agents d'assurance, aux représentants de commerce ou aux colporteurs en tous genres. À ces gens qui doivent souvent se déchausser pour entrer dans une maison. Pourtant, je vous assure, ce type de chaussures sont expressément conçues pour les entre-saisons des pays nordiques, des pays comme le Canada où l'automne et le printemps sont des saisons si courtes qu'on a parfois l'impression de les escamoter.

En conséquence, en mars et ce, parfois jusqu'à la mi-avril, les couvre-chaussures valent mieux que les bottes, à moins qu'on adopte les bottes de pluie (on en fait de jolies, maintenant). Et cela vaut aussi pour la mi-octobre. On parle donc d'une période d'environ dix semaines dans l'années, soit près de 20% du temps. La question que d'aucuns posent est la suivante : vaut-il la peine de s'acheter des vêtements pour 19,23% de l'année ? Je vous laisse en juger... mais, si cela peut poser dans votre décision, ces vêtements d'entre-saison coûtent généralement peu chers et, en plus, durent pendant plusieurs années. Alors, ça peut en valoir la peine...

jeudi 15 mars 2018

Une conversation en rêve (Jean-Luc)

Ce soir-là, je me retrouvai bien malgré moi au milieu d’une fête à laquelle participaient des amis et connaissances de Pointe-aux-Trembles. Pendant la soirée, en compagnie de personnes que je connaissais moins et pour lesquelles, à dire vrai, je n’éprouvais que peu d’intérêt, je tentai de me rapprocher de mon ami Yves Jodoin que j’avais aperçu au loin, assis avec Paul Tourangeau et d’autres camarades à une grande table au milieu de la salle. Mais peine perdue… car en dépit de mes efforts pour me faufiler parmi les gens, il y avait toujours quelqu'un pour me bloquer le passage. Je dus me résoudre à m’attabler avec des gens que je ne connaissais pas beaucoup. Des gens plus jeunes aussi dont certains se mirent à se moquer de moi, notamment parce que je portais une cravate, un témoignage d’un temps ancien, pour ne pas dire révolu. C’est du moins ce qu’ils semblaient exprimer par leur attitude. À leurs propos moqueurs je me contentai de répondre, sans plus d’explication : « La cravate fait l’homme ». En leur laissant méditer cette maxime, je me suis mis à manger sans chercher à faire la conservation à quiconque.

Après le repas, je réussis à m’extraire de ce groupe et allai m’asseoir au fond de la salle. Dans la pénombre, je songeais au déroulement de la soirée, me demandant un peu, perplexe, ce que j’étais venu y faire… quand, soudain, je me rendis compte que Suzanne, la petite amie de Jean-Luc jusqu’au début des années 1990, avait pris place à mes côtés, assise sur une chaise en bois.

À peine ai-je eu le temps de m’étonner de sa présence qu’elle me dit d’une voix douce :

« Je sais que tu as de la peine. »

Comme si nous reprenions une conversation initiée la veille, je lui répondis :

« En effet, je suis inconsolable. Tu aurais dû le retenir, avoir des enfants avec lui.

— J'ai bien essayé, tu sais. Mais Jean-Luc était miné par le désir, hanté par ses démons. Il lui fallait aller toujours plus loin dans la réalisation de ses fantasmes.

— Et c'est pour ça qu'il t'a quittée. En le faisant, il a couru à sa perte... jusqu'à vouloir mourir.

— Jusqu'à mourir, tu veux dire, pas seulement vouloir… »

En effet, Jean-Luc s’était enlevé la vie quelques années plus tôt, prenant tout le monde par surprise, ses proches comme ceux que le temps avait éloignés de lui. Dont moi, bien entendu.

« Je t'aimais bien, tu sais. Tu as manqué à Jean-Luc et tu m'as manqué aussi.

— Moi aussi je t'aimais bien. Et j'ai aimé Jean-Luc comme jamais je n'ai aimé un homme avant lui... Et sans doute après lui aussi, même si j’ai un peu honte de faire cet aveu… parce que mon mari actuel s’avère un type bien qui mérite mon respect. Et il est un excellent père pour nos deux enfants.

— Ton mari a fait ce que Jean-Luc aurait dû faire. Lui, il ne l’a pas fait, et c'est ce qui l’a tué. Il voulait être libre, mais il n'a pas compris que la liberté est un désastre pour l'homme, car on ne se réalise que dans la contrainte.

— Oui, je sais ce que tu penses là-dessus. J’ai lu ton essai, tu sais… La liberté n'est rien sans la libération. Tu vois, je n’ai jamais cessé de te suivre de loin, à distance, toi l’ami, le seul ami que Jean-Luc ait jamais eu. »

Elle me regarda en me souriant. Comme elle était belle en cet instant ! Certes, elle avait vieilli, mais ses yeux verts, sa peau satinée, ses fossettes aux joues et ses cheveux auburn constituaient toujours le trait dominant de sa très grande beauté. Pour mon ami disparu, elle avait d’abord représenté un trophée de chasse dont il était très fier… En effet, à la fin des années soixante-dix, Jean-Luc l'avait rencontrée à la Baie James alors qu'il travaillait sur un chantier pour l’été. Il y avait là trois femmes pour trois cent hommes et, sur les trois, seule Suzanne était jeune, jolie et célibataire. Alors, elle représentait un défi ; trois cent paires d’yeux concupiscents étaient posés en permanence sur elle à chaque repas (elle travaillait à la cantine), mais c’est lui, et lui seul, qui devait la conquérir. Et il l'avait fait. Bien qu'il se fût agi là d'un exploit dont il aurait été en droit de simplement s'enorgueillir avant de passer à autre chose, voilà que, de retour à Montréal, il avait continué à la fréquenter. Ils étaient sortis ensemble et leur couple avait tenu une quinzaine d’années. Un record de longévité pour Jean-Luc.

Suzanne n'était certes pas une intellectuelle, et souvent Jean-Luc s’en plaignait, mais elle était gentille et étonnamment ouverte pour une personne issue d’un milieu où la culture se résume à celle du spectacle. Quand mon ami l'a quittée pour assouvir d’autres désirs, elle a trouvé un bon gars, s'est mariée et a fondé une famille. Jean-Luc, lui, a repris sa vie dissolue, se découvrant une attirance incontrôlée pour le hard sex en véritable érotomane qu’il était devenu. Grâce à l’entreprise de divertissements qu’il avait lancée, il s’était fait tellement de pognon que travailler ne s'était plus avéré nécessaire par la suite. Mais contrairement à Suzanne, à moi et à bien d’autres de ses amis pointeliers, il n'avait rien fondé du tout. Et il s'est tué à l'âge où la sagesse vient à l'homme sensé. Il n'était pas fait pour la sagesse, Jean-Luc, juste pour le plaisir, seulement pour le plaisir. Avec les années, son corps n'avait probablement plus été en mesure d'assumer ses passions charnelles.

Il me manque. Et il me manquera jusqu'à ma mort, cet ami qui a partagé ma jeunesse jusqu’à l’âge des choix, à l’orée de la quarantaine.

jeudi 1 mars 2018

Lovesick (série télévisée)

Lovesick est une série britannique qui met en scène un un trio d'amis à l'orée de la trentaine : Dylan, Luke et Evie. À ce trio s'ajoute Angus, un petit homme qui prend de plus en plus d'importance au fur et à mesure que les épisodes défilent devant nous, spectateur ébahi par cette jeunesse dans laquelle certains se reconnaissent, même à des années de distance. C'est mon cas, notamment, même si j'ai vécu mes vertes années à Montréal dans les années 1970-1980 alors que Lovesick se passe à Londres entre 2011 et 2016.

De nombreux films et séries portent sur cet âge de la vie, cet âge qui précède le mariage, les responsabilités et, trop souvent, la fin de l'amitié telle qu'on l'a connue jusqu'alors. C'est un âge où fusent les questions de toutes sortes sur l'avenir des uns et des autres. Les questions, et les dilemmes aussi qui cumulent sur la prise de décision. Un âge où chacun cherche son amour, même si peu de gens le trouvent. On procède par essais-erreurs, couchant avec une, nouant une relation éphémère avec l'autre, jusqu'à ce qu'on échoue dans un mariage qui ne correspond pas nécessairement à celui qu'on avait rêvé. Puis on s’accommode de ce que la vie nous offre et, en notre vieillesse, on se dit que ça aurait pu être pire...

Lovesick se déroule à Londres dans le contexte de la cherté du logement, certes, mais aussi de la vie trépidante d'une capitale européenne. Luke, Dylan et Evie partagent un logement qui n'est pas sans rappeler ceux de Montréal. Le scénario tourne autour de Dylan qui, après avoir appris qu'il avait chopé une chlamydia (une MST relativement mineure qui se traite par la prise unique d'un médicament), doit aviser chacune des filles qu'il a connues au cours des cinq dernières années. Connues au sens biblique du terme, bien entendu... Cela donne un récit qui se balade dans le temps et qui donne lieu à des scènes hilarantes. Dylan est le genre à tomber amoureux avec tout ce qui bouge... alors que Luke ne pense qu'au sexe et, par le fait même, n'arrive pas à construire une véritable relation avec une femme. Il finira par en souffrir, d'ailleurs. Quant à Evie, c'est l'amie fidèle des précédents. Mais ses relations amicales avec Dylan sont teintées d'ambiguïté, ce qui souvent le cas dans les amitiés entre les hommes et les femmes. Mais le trio surmontera les contradictions et, pour chacun d'entre eux, tout se terminera bien, dans la mesure où on estime que la fin de la jeunesse constitue une dénouement heureux, bien entendu.

Chaque individu réagit différent à l'écoute d'un film ou d'une série télévisée. Pour ma part, Lovesick m'a ramené à ma propre jeunesse, à mes propres essais-erreurs, à mes propres contradictions, et cela s'avéré douloureux, parfois... Mais ne vous inquiétez pas : cela ne vous arrivera peut-être pas. En revanche, comme tout le monde, vous succomberez au charme d'Evie, incarnée par la comédienne Antonia Thomas.

Lovesick , série britannique créée par Tom Edge, 3 saison, 20 épisodes.